Eliane Viennot

Éliane Viennot est née à Lyon. Elle a fait ses études secondaires à Toulouse et supérieures à Paris. Militante au Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC) puis dans divers groupes de femmes, elle a participé à la création d'une librairie féministe, Carabosses, associée à un café littéraire, Barcarosse (Paris). Elle a ensuite repris ses études, séjourné deux ans aux États-Unis, passé l'agrégation de Lettres et enseigné dans le secondaire durant huit ans, puis dans le supérieur. Ayant consacré sa thèse à Marguerite de Valois (la «reine Margot»), elle s'est spécialisée dans les écrits des femmes politiques de la Renaissance. Plus largement, elle s'intéresse aux relations entre les femmes et le pouvoir, au traitement (historique, littéraire, politique…) de ces relations, et à leur transmission dans la mémoire collective. Elle travaille depuis une quinzaine d'années à une histoire des relations de pouvoir entre les sexes et à l'exception française en matière. Elle est autrice, co-autrice, directrice ou co-directrice de plusieurs ouvrages. Elle a également publié de nombreux articles, tant scientifiques qu'en prise sur l'actualité. Elle s'est notamment impliquée, au début des années 1990, dans la campagne en faveur de la parité.

Après avoir enseigné dans les universités de Washington (Seattle), de Nantes et de Corte, elle est aujourd'hui professeuse (plutôt que professeure!) de Littérature française de la Renaissance à l'Université de Saint-Étienne. En 2003, elle est devenue membre de l'Institut universitaire de France (délégation renouvellée en 2008). Elle est membre de l'UMR 5037 (Institut d'histoire de la pensée classique).

Entre 2000 et 2009, elle a présidé la Société Internationale pour l'Étude des femmes de l'Ancien Régime, dont elle est co-fondatrice; elle est responsable du domaine «XVIe siècle» de son Dictionnaire des femmes de l'ancienne France en ligne. En 2006, chargée de mission par le Conseil régional d'Île de France, elle a favorisé la création de l’Institut Émilie du Châtelet pour le développement et la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre, dont elle a été l'une des vice-présidentes jusqu'en 2011. Elle a créé deux collections aux Publications de l'Université de Saint-Étienne, l'une destinée aux écrits des femmes de l'Ancien Régime («la cité des dames»), l'autre aux études sur ce champ de recherche («l'école du genre»).

Elle a reçu le prix Baron de Jœst de l'Institut de France pour l'édition des œuvres complètes de Marguerite de Valois (2000); le prix Irène Joliot-Curie du Ministère délégué à la Recherche et de la Fondation d’entreprise EADS, au nom de la SIEFAR, pour l'action de cette association en faveur de la recherche sur les femmes (2004); la légion d'honneur (2008).

 

En 2021, Elle présente

Quatrième étape d’une étude magistrale sur La France, les femmes et le pouvoir depuis le Ve siècle, ce volume explore les six premières décennies du XIXe siècle. D’un empire à l’autre, en passant par le retour de la monarchie et celui de la République, la période a vu se consolider la domination des hommes sur les femmes à un point jamais atteint jusqu’alors en France. Entreprise difficile et conflictuelle, dans une société où la question de l’égalité des sexes était débattue depuis la fin du Moyen Âge, et où tant de femmes en avaient fait la démonstration.

D’où le déploiement sans précédent de constitutions, de lois, de mesures règlementaires, de théories pseudo-scientifiques, de discours historiques délibérément muets sur les femmes, mais aussi de violences verbales, physiques et symboliques destinées à asseoir le nouvel ordre et à confiner le sexe dit « faible » dans les emplois les plus déqualifiés, loin des lieux de pouvoir et d’excellence. Le tout sans parvenir à désarmer celles et ceux qui pensaient qu’une autre société était possible, et qui, exploitant toutes les failles du système, se donnèrent peu à peu les moyens de changer la donne, pour que l’égalité, la liberté, ne restent pas le bien des frères.

Depuis quand, pourquoi, par quel détour le mot « homme » en est-il venu à désigner le genre humain tout entier ? Et comment se fait-il que tant de francophones ne songent pas à questionner cet usage totalisant ?

Au fil d’une passionnante enquête, Éliane Viennot revient sur l’étymologie du terme, sur son sens premier et son sens sublimé par la grâce d’institutions puissantes, sur les contradictions et les confusions que cela n’a pas manqué de provoquer. Ce livre est l’histoire d’un abus de langage qui a hissé le mâle de l’espèce au rang de représentant absolu de l’humanité.

Au pays de l’Homme de Cro-Magnon, du Musée de l’Homme, des Maisons des Sciences de l’Homme, des Droits de l’Homme, etc., cette histoire relève d’une exception française qui sent fort l’imposture masculiniste. Il est temps que le bonhomme regagne son lit – sémantiquement parlant – et laisse place aux autres individus du genre Homo : tous les humains, hommes compris.

En 2019, elle a présenté :

« La querelle du féminisme a fait couler assez d'encre,

à présent elle est à peu près close: n'en parlons plus. »

Ainsi s'exprime Simone de Beauvoir en ouverture du Deuxième sexe, pour rapporter le sentiment d'irritation qui prévaut autour d'elle en 1949, quatre ans après que les Françaises sont devenues citoyennes. “On en parle encore, cependant”, ajoute-t-elle aussitôt. D'où le pavé qu'elle lance dans la mare, car l'égalité est loin d'être accomplie et toutes sortes de stratégies sont mises en place pour qu'elle ne le soit pas de sitôt.

L'effacement de l'histoire en fait partie, en particulier s'agissant de la très longue bataille pour ou contre l'asservissement des femmes. Déclenchée au 13e siècle, lors de la création des premières universités, elle a donné lieu, en Occident, à la publication de moult règlements, lois, constitutions, codes – et de milliers de textes explicitant les positions des uns et des autres.

Plus qu'une histoire de cette polémique, ce livre propose une réflexion sur la manière dont elle a été occultée depuis qu'il n'est plus possible de soutenir ouvertement que les femmes sont inférieures aux hommes. Et sur l'urgence qu'il y a à retrouver cette histoire, à en identifier les acteurs et les actrices, à comprendre ce qui les mobilisait… A cesser de croire que le progrès marche tout seul, et que le féminisme est né au 19e siècle.